A travers des articles statistiques, à travers des articles de fond aussi divers que les mutilations volontaires, le code de justice militaire, la notion de fusillés pour l'exemple, l'ambition du Prisme est de fournir un ensemble d'informations permettant aux lecteurs d'appréhender en toutes connaissances de causes et sans parti pris de notre part la problématique des fusillés du conflit 14/18. Notre but n'est pas de juger mais de présenter, d'analyser les faits, de les porter à la connaissance de nos concitoyens au sujet d'une question qui n'est pas seulement d'ordre historique mais enjeu aussi d'un débat mémoriel, encore présent aujourd'hui.

dimanche 21 juin 2020

La désertion à l’ennemi : l’exemple de la VIIe Armée


« Comme il fallait des responsables,
les états-majors incriminèrent les disparus,
qui n’étaient plus là pour se justifier.
»

Gabriel Chevallier, La Peur

Déserter, c’est mal. Déserter à l’ennemi, c’est pire, bien pire. Que celui qui déserte s’exonère de son devoir, pendant que ses camarades continuent à le faire, est déjà une chose grave. Celui qui déserte à l’ennemi, a fortiori, trahit à la fois ses camarades et son pays, mettant dans le même temps les uns et l’autre en danger, en ajoutant à son défaut de participation au combat, une possible divulgation d’informations pouvant entraîner la mort des uns et la défaite de l’autre. Ceci posé, il y a loin de la théorie à la pratique, et du Code de Justice Militaire à la tranchée…

Dans un premier temps, et comme cela est trop souvent méconnu, voire inconnu, de quiconque ignore les us et coutumes de la justice militaire, il ne faut pas confondre une  désertion – sous l’une de ses diverses formes – avec un abandon de poste, comme nous allons le voir dans le détail. Dans un second temps, la concrétisation de faits de désertion à l’ennemi relève de caractéristiques dont il convient de se demander quelles en sont les similitudes et les différences, avec un corolaire : des faits « similaires », qu’ils le soient factuellement ou apparemment, aboutissent-ils aux mêmes charges, et ensuite aux mêmes peines ? Pour tenter d’en savoir plus sur le sujet, en étant très loin d’avoir la prétention d’en avoir exploré toutes les arcanes, nous nous appuierons sur une série de cas de désertion à l’ennemi, dont certains ayant été punis de mort, dans la zone de la VIIe Armée, entre le col de la Chapelotte et Pfetterhouse, à la frontière franco-suisse.

Abandon de poste et désertion

Au titre II, chapitre II, du Code de Justice Militaire en vigueur durant la guerre, l’abandon de poste figure au rang des « crimes ou délits contre le devoir militaire » (article 213 ; il est puni de mort s’il a lieu en présence de l’ennemi, et dans d’autres cas d’une peine variant de 2 ans à 5 ans de prison au maximum, à 2 mois à 6 mois de prison au minimum), lesquels comprennent également la capitulation (articles 209 et 210 ; elle est, selon les cas, punie de mort avec dégradation militaire ou de destitution), l’abandon de poste en faction ou en vedette (article 211 ; il est puni de mort s’il est commis en présence de l’ennemi, de 2 ans à 5 ans de travaux publics, ou de 2 mois à 1 an de prison dans d’autres cas), l’endormissement en faction ou en vedette (article 212 ; il est puni, selon les cas, de 2 ans à 5 ans de travaux publics au maximum, à 2 mois à 6 mois de prison), le défaut d’occupation de son poste en cas d’alerte (article 214 ; il est puni de 6 mois à 2 ans de prison, et de la destitution pour les officiers), l’absence en conseil de guerre (article 215 ; il est puni de 6 mois à 2 ans de prison, et d’une possible destitution pour les officiers), l’assistance à l’évasion de prisonniers ou l’incapacité à empêcher cette évasion (article 216).

La désertion figure dans le titre II, chapitre V, avec l’insoumission. Les sections II à V dudit chapitre, dans les articles 231 à 243, en précisent la teneur :

- La désertion à l’intérieur (articles 231 et 232) peut être punie de 2 ans à 5 ans de travaux publics en temps de guerre ;

- La désertion à l’étranger (articles 235, 236, 237) peut être punie de 5 ans à 10 ans de travaux publics en temps de guerre ; 

- La désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi (articles 238 et 239) : « Est puni de mort, avec dégradation militaire, tout militaire coupable de désertion à l’ennemi. » (article 238) ; « Est puni de la détention tout déserteur en présence de l’ennemi. » (article 239). Les précisions suivantes sont apportées :

1. « La loi du 21 Brumaire an V définissait ainsi la désertion à l’ennemi :
Art. 1er – Tout militaire ou autre individu attaché à l’armée ou à sa suite, qui passera à l’ennemi sans une autorisation par écrit de ses chefs, sera puni de mort.
Art. 2 – Sera réputé déserteur à l’ennemi, et comme tel puni de mort, tout militaire ou autre individu attaché à l’armée ou à sa suite, qui, sans ordre ou permission par écrit de son supérieur, aura franchi les limites fixées par le commandant de la troupe dont il fait partie sur les côtés par lesquels on pourrait communiquer avec l’ennemi.

Art. 3 – Sera également réputé déserteur à l’ennemi, et puni de mort, tout militaire ou autre individu attaché à l’armée et à sa suite, qui sortira d’une place assiégée ou investie par l’ennemi sans en avoir obtenu la permission par écrit du commandant de la place.

2. L’ordonnance du 21 juin 1689 portait déjà : « Sera jugé comme déserteur à l’ennemi tout soldat trouvé marchant du côté des armées ou places ennemies. »
3. La désertion en présence de l’ennemi n’étant prévue par aucune législation, l’article 239 la punit de détention.
4. Bien que le Code de Justice Militaire n’ait pas maintenu ou reproduit la définition de la désertion à l’ennemi inscrite dans les lois antérieures, cette définition n’en conserve pas moins toute sa force ; car par son article 239, le législateur de 1857 n’a voulu que remplir la lacune que laissaient subsister les articles 1er, 2 et 3 de la loi du 21 Brumaire an V, pour le cas où la désertion aurait lieu en présence de l’ennemi, mais hors des côtés où l’on peut communiquer avec lui.
5. Par conséquent, on devra considérer comme désertion à l’ennemi celle qui a eu lieu dans les cas énumérés par la loi du 21 Brumaire an V, et désertion en présence de l’ennemi celle qui s’effectue alors que l’armée est en présence de l’ennemi, et en dehors de ces hypothèses.
6. Par ennemi, il faut entendre les rebelles armés ; il ne saurait y avoir de difficulté sur ce point, car les rebelles armés qu’on est appelé à combattre sont les ennemis.
7. Dans le cas des articles 238 et 239, il n’y a plus de délai. On est déserteur dès qu’on passe à l’ennemi ou dès que l’on abandonne son corps en présence de l’ennemi. Il n’y a pas lieu non plus de s’occuper si le coupable a emporté ses armes, ses effets, ou s’il les a laissés à son corps.
8. L’officier déserteur à l’ennemi ou en présence de l’ennemi n’échappe pas plus à l’action de la loi que les sous-officiers, caporaux ou soldats. Les articles 238 et 239 ne font aucune différence, ils disent « tout militaire ». »

Le président du conseil de guerre pose ces deux questions :
« – N… est-il coupable d’avoir le…, à…, déserté à l’ennemi ?
Est-il coupable d’avoir le…, à…, déserté en présence de l’ennemi ? »


- La désertion avec complot (articles 240 et 241) ; elle est punie de mort si elle a lieu en présence de l’ennemi, et punie de 5 ans à 10 ans de travaux publics (pour les sous-officiers, brigadiers, caporaux, soldats) ou de la détention (pour les officiers) ;

- La provocation à la désertion (article 242), laquelle est punie de « la peine encourue par le déserteur selon les distinctions établies au précédent chapitre ».

Une fois constatée la désertion à l’ennemi, vient le temps de la procédure, et du jugement, qui est donc rendu par contumace. Ce qu’il faut en savoir se trouve dans le titre IV du livre III du Code de Justice Militaire, qui stipule ceci :
Article 175 : « Lorsque, après l’ordre de mise en jugement, l’accusé d’un fait qualifié de crime n’a pu être saisi, ou lorsque, après avoir été saisi, il s’est évadé, le président du Conseil de guerre rend une ordonnance indiquant le crime pour lequel l’accusé est poursuivi, et portant qu’il sera tenu de se présenter dans un délai de dix jours. Cette ordonnance est mise à l’ordre du jour. »
Article 176 : « Après l’expiration du délai de dix jours à partir de la mise à l’ordre du jour de l’ordonnance du président, il est procédé, sur l’ordre du général commandant la circonscription, au jugement par contumace. Nul défenseur ne peut se présenter pour l’accusé contumax. Les rapports et procès-verbaux, la déposition des témoins et les autres pièces de l’instruction sont lus en entier à l’audience. Le jugement est rendu dans la forme ordinaire, mis à l’ordre du jour et affiché à la porte du lieu où siège le Conseil de guerre et à la mairie du domicile du condamné. Le greffier et le maire dressent procès-verbal chacun en ce qui le concerne. Ces formalités tiennent lieu de l’exécution du jugement par effigie. »
Article 177 : « Le recours en révision contre les jugements par contumace n’est ouvert qu’au commissaire du Gouvernement. »

L’article 178 porte sur l’application aux jugements par contumace rendus par des conseils de guerre, des articles 471, 474, 475, 476, 477, 478 du Code d’instruction criminelle, et concerne les biens du condamné et le cas dans lequel le condamné est repris.
L’article 179 précise que lorsque le fait est qualifié de délit, l’accusé est jugé par défaut.

Ces éléments de droit posés, voyons à présent comment tout cela a pu se traduire dans les faits.

Sur le terrain, à la VIIe Armée 

Le front s’étendant du col de la Chapelotte à Pfetterhouse est jalonné de lieux dont les noms sont surtout entrés dans l’histoire en 1914 ou 1915, mais où les combats ont souvent grandement décru par la suite. Du nord au sud, tel est le cas de la Chapelotte (où l’activité restera néanmoins intense en 1916), les environs de Senones, le Ban-de-Sapt, le Spitzemberg, la cote 607, le Violu (où, comme à la Chapelotte, la lutte se poursuit plus activement), la Tête des Faux, le Linge, le Reichackerkopf, les environs de Metzeral, l’Hilsenfirst et le Langenfeldkopf, la vallée de la Lauch, Judenhut, le Sudel, l’Hartmannswillerkopf, la cote 425, Pont d’Aspach, Ammertzwiller, le Schönholz (qui restera agité de 1916 à 1918, en revanche), les environs d’Hirtzbach, Largitzen, et les environs de Pfetterhouse. Passées les grandes offensives et les assauts sanglants de 1915, d’autres activités vont avoir lieu sur cette partie du front : guerre de mines, harcèlement par l’artillerie, mais aussi reconnaissances, patrouilles, embuscades, coups de main… Le front vosgien, et en particulier le front sillonnant la moyenne ou haute montagne (le sommet disputé de la Chapelotte est à 542 mètres, celui de l’Hilsenfirst, à 1270 mètres) est peu à peu tenu par des effectifs de moins en moins nombreux, appelés à remplir des missions qui ne sont plus celles de l’année écoulée, dans des conditions dégradées : il s’agit à présent de tenir les lignes, de repousser des coups de main ou d’en effectuer, en étant souvent dans ce cas dépourvus des moyens d’artillerie alloués jusqu’alors. Ce qui va devenir une guerre usante nerveusement pour le combattant va également énerver le commandement, pour des motifs connexes : le soldat qui découvre ce front, ou qui le connaît déjà mais doit y faire un nouveau type de guerre, doit supporter, à l’issue de journées souvent calmes, le contrepoint de nuits mortifères, au cours desquelles il est de plus en plus fréquent de risquer de se faire égorger ou enlever par quelque assaillant bien entraîné et déterminé, si l’on n’a pas le temps ou l’opportunité de lever les bras ; vu de l’état-major, il s’avère que le coup de main, qu’il soit subi ou effectué, peut offrir une belle occasion à celui qui en a assez vu de faire en sorte que sa guerre s’arrête là, en passant à la fois à l’ennemi et dans la colonne des « disparus » des états de pertes.

En 1915, alors que la guerre est encore menée à coups de grandes offensives sur de vastes zones, et que les cas collectifs de désertion à l’ennemi n’agitent pas les états-majors, un homme a connu un destin qui vaut la peine d’être détaillé, au regard de ce que sa fiche matricule nous apprend.

Le 8 janvier 1915, le 371e RI subit les affres d’une épouvantable journée face à Burnhaupt-le-Haut, accusant au soir 641 tués, blessés, disparus. Parmi ces derniers se trouve le sergent-major René Auguste R., qui est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace le 12 février 1915 pour désertion à l’ennemi. Ce sous-officier s’évade d’Allemagne le 14 juin 1915 ; il est remis à la prévôté le 14 juillet 1915, et est à nouveau condamné à mort et à la dégradation militaire le 18 septembre 1915 pour désertion à l’ennemi. Gracié le 14 octobre 1915, sa peine est commuée en 8 années de prison. Il est en outre cassé de son grade, remis soldat de 2e classe, et passe au 175e RI. Il sera amnistié de cette condamnation en 1921.

En 1916, comme nous l’avons évoqué, des combats de grande envergure, livrés par des effectifs de grande ampleur, et qui ont les honneurs du communiqué, n’ont plus cours dans les Hautes-Vosges, à de rares exceptions près, une fois achevée la bataille de l’Hartmannswillerkopf.
Un premier cas individuel se manifeste le 4 février 1916, quand le soldat Léon D., du 363e RI, passe à l’ennemi à la Chapelotte. Cet homme, cité à l’ordre de la division le 1er juillet 1915, laisse derrière lui une lettre expliquant son geste. Il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace le 25 février 1916 pour abandon de poste étant en faction en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi. De retour de captivité, une commission de réforme conclut le 12 décembre 1919 à des « troubles mentaux », lesquels relèvent d’une « paranoïa avec tare héréditaire ». Il est finalement reconnu « irresponsable de ses actes ».

Un premier événement significatif en ce qui concerne la désertion à l’ennemi
« en groupe » se produit dans la vallée de la Lauch, dans la nuit du 19 au 20 février 1916 : au poste de la ferme d’Eck, le caporal Louis C., et les soldats Jean-Marie B., Eugène C., Emile G. et Julien P., de la 21e compagnie du 229e RI, disparaissent. Le lieutenant-colonel de Poumeyrac, commandant la 115e brigade, se rend sur place afin de procéder à une enquête. Il écrit dans son rapport adressé au commandant de la 66e DI : 
     « Il est hors de doute que le poste tout entier s’est laissé prendre sans essayer la moindre résistance, sans se servir de ses armes et sans même donner l’éveil par un bruit ou un cri quelconque, qui aurait été entendu par les sentinelles des postes voisins, peu éloignés (40 à 60 mètres). J’appuie donc l’établissement d’une plainte en Conseil de Guerre contre tous les militaires du poste enlevé. Ce poste était dans la cave de l’ancienne ferme d’Eck, détruite. La porte en est étroite et donne tout juste passage à un seul homme. Cette porte communique avec les emplacements de sentinelles par un boyau protégé contre les vues de l’Hilsenfirst au moyen de sortes de pare-balles, surbaissés à tel point qu’il faut se plier en deux pour passer dessous. La moindre velléité de résistance rendait bien difficile, dans ces conditions, un enlèvement qui n’eut pas été volontaire. D’autre part, j’estime que la responsabilité du sous-officier chef de section est engagée en partie, en ce qui concerne le manque de surveillance et de sécurité de ce point du front. […] Ce sous-officier qui a ainsi donné des preuves d’inaptitude, sera privé du commandement de sa section. »

La tonalité du rapport établi par le commandant du sous-secteur de Gustiberg semble d’abord quelque peu différente :
     « D’un supplément d’enquête au sujet de la disparition de ces hommes, il y a lieu de conclure qu’ils ont été surpris alors qu’ils reposaient dans le fond du poste confié à leur surveillance sans s’inquiéter de leur sécurité personnelle ni de celle des hommes de leur unité qu’ils étaient supposés garder. Leur inertie a été telle que leurs chefs se sont demandé si leur reddition n’a pas été voulue. Seuls quelques détails de l’enquête permettent d’écarter cette hypothèse. »

Suivent des constatations factuelles sur les coups de feu tirés par une seule et unique sentinelle, et les traces de pas trouvées dans la neige, avant ces mots :
     « Le chef de section, le sergent Bouvet, sans accorder un certificat de moralité absolu au caporal et aux quatre hommes du poste, les estime incapables d’avoir franchi la ligne pour se rendre. Il reconnait que le caporal C. et le soldat C. étaient des hommes sans caractère. P. et B. étaient nouveaux, venus à la compagnie avec le dernier renfort du dépôt. Quant au soldat G., le chef de section le considère bon soldat, ayant pris part avec lui à plusieurs patrouilles où il avait montré de l’entrain et du sang-froid. Tous ces renseignements ne sont pas de nature à infirmer les faits tels qu’on a pu les établir, à savoir : que le caporal et les quatre hommes du poste ne surveillaient pas, qu’ils n’étaient pas complètement équipés et qu’en conséquence ils ont pu être appréhendés facilement. Les armes étaient contre le mur où elles sont restées. Aucun homme n’a donc cherché à se défendre. Il n’y a pas eu de lutte, car aucun désordre n’a été relevé par le caporal Savery qui, faisant une ronde à minuit 45, a fouillé le local du poste. Enfin, aucun de ces hommes n’a poussé le moindre cri pour donner l’éveil et demander du secours.
      Il n’est donc pas douteux que le caporal C., les soldats P., B., C. et G., se sont conduits en lâches et qu’en ne se défendant pas, en ne donnant pas l’alarme, ils se sont rendus coupables d’un véritable abandon de poste devant l’ennemi, crime prévu et puni par le Code de Justice Militaire, et dont ils auront à répondre devant le Conseil de guerre lors de leur rentrée en France. »


Au final, si les fiches matricules de trois de ces cinq hommes (la quatrième restant introuvable au regard des éléments fournis par le Comité International de la Croix-Rouge) ne portent pas mention d’une condamnation pour Jean-Marie B., Emile G. et Julien P., celle d’Eugène C. indique : « Disparu le 21 février 1916 à la ferme d’Eck-Egenberg, près Metzeral (fait prisonnier). Condamné le 7 avril 1916 par le conseil de guerre de la 66e division d’infanterie à la peine de mort (par contumace), coupable d’abandon de poste en présence de l’ennemi. Par jugement contradictoire du conseil de guerre de la 8e Région militaire rendu le 21 mars 1919, a été acquitté de l’accusation rendue contre lui. »

Quelques jours plus tard, nouvel événement, non loin d’Orbey cette fois, dont le cavalier attaché au 11e BCA, Honoré Coudray, fait la description suivante en date du 10 mars 1916 :
     « Il y a quelques jours, au cours d’une patrouille, un caporal et quatre chasseurs du bataillon ont disparu. C'est-à-dire qu’ils sont partis et qu’ils ne sont pas revenus. Le commandant P… est alors entré dans une fureur bleue, a fait placarder le nom des cinq hommes devant tous les abris ; aussi l’on est tenu de les apprendre à la lettre, ainsi que la prose sacramentelle ajoutée sous la liste, et afin de marcher sur la voie de la discipline qui devient une voie ferrée. Sera puni de huit jours de prison celui qui, interpellé par le commandant en tout temps et en tout lieu, ne récitera pas sa leçon d’un bout à l’autre sans hésitation, en terminant avec une voix de baryton par ces mots : « Ce sont des lâches ». Tiens, tiens, tiens ! Il y a trois semaines que le commandant est aux lignes, il n’a même pas vu l’ombre d’un Allemand et brutalement il emploie les gros mots « Passés à l’ennemi ». Ce serait trop simple et notre longue expérience est là pour nous prouver que l’on peut parfaitement partir la nuit en reconnaissance, ne serait-ce même qu’à cent mètres des lignes ennemies, ne pas revenir et ne pas s’être rendu. Voire ! »

De son côté, le commandant qui vient alors de prendre le commandement du bataillon, en témoigne ainsi dans ses mémoires :
     « En définitive, de retour au P.C., je fus le moins surpris des convives de ma table lorsqu’un coup de téléphone annonça vers 20 heures qu’après la tombée de la nuit le poste de La Beu était passé à l’ennemi. Au reçu de cette nouvelle les officiers qui m’entouraient semblaient atterrés et me présentèrent pour ainsi dire des excuses :
« C’est la première fois qu’une chose pareille arrive au bataillon » affirma le lieutenant Blanc, mon adjoint. — « C’est possible, mais à moi d’obtenir que ce soit la dernière », répondis-je sans plus. Les précisions que je demandai d’urgence sur le curriculum vitae de chacun des déserteurs révélèrent une brebis galeuse, ex-caporal boucher cassé, venu du 12e, instigateur à n’en pas douter ; un homme atteint de cafard et non surveillé, chasseur antérieurement cité à l’ordre de l’armée (lamentable chute), deux imbéciles qui avaient suivi ; enfin un commandement local déficient. J’étais frappé de cette désertion collective à quelques heures de la visite d’un nouveau chef de corps dont tout aurait dû donner à penser à ces chasseurs, s’ils avaient sujet de se plaindre, ce qui était probable, que les choses allaient peut-être changer et m’ancrai dans la conviction qu’elles ne changeraient qu’au prix d’un chasseur fusillé, d’un officier rétrogradé. Ces exécutions indispensables ne devaient pas tarder ; moins d’un mois après ce premier jour de commandement si tristement marqué, la première survenait. C’était je pense, un instinct secret de conservation qui m’avait fait décider ces mesures de répression, car les déserteurs, par les renseignements qu’ils donnèrent à l’ennemi sur l’emplacement des trois P.C. jointifs du 11e, du 12e et du bataillon territorial, édifiés côte à côte sur la rive nord du Lac Noir, faillirent limiter mon commandement à une courte durée. »


Les éléments connus sur les cinq disparus du 23 février 1916 sont les suivants :

- Jean Marie B. (« l’ex-caporal boucher » cité par son commandant) : condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 19 avril 1916 pour désertion à l’ennemi. Rapatrié d’Allemagne le 8 décembre 1918, il est à nouveau condamné à mort et à la dégradation militaire par le conseil de guerre de la 47e DI le 6 février 1919, puis condamné à 20 ans de travaux forcés par le conseil de guerre du Gouvernement Militaire de Paris le 11 septembre 1919. Il obtient une remise de peine de 2 ans le 11 janvier 1924, une remise de peine de 3 ans le 29 décembre 1924, une remise de peine de 20 mois le 22 juillet 1925, et est finalement libéré de sa peine le 28 août 1925. Il sera amnistié en 1931.

- Léon E. : condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 19 avril 1916 pour désertion à l’ennemi. Rapatrié d’Allemagne le 9 décembre 1918, il est une nouvelle fois condamné à mort et à la dégradation militaire par le conseil de guerre de la 47e DI le 6 février 1919, mais ce jugement est annulé par décision du conseil de révision de la IIIe Armée en date du 15 février 1919. Il est condamné le 11 septembre 1919 par le 1er conseil de guerre permanent du Gouvernement Militaire de Paris à la peine de 5 ans de prison et aux dépens, reconnu coupable de désertion en présence de l’ennemi, avec circonstances atténuantes admises. Il bénéficie d’une remise de peine d’un an le 15 décembre 1920, d’une remise de peine d’un an le 9 octobre 1921, est élargi le 10 décembre 1921 et dirigé sur le dépôt du 105e RI. Il est renvoyé dans ses foyers le 14 décembre 1921.

- Henri G. : condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 19 avril 1916 pour désertion à l’ennemi. Il a été cité deux fois à l’ordre du bataillon, et blessé au Bois d’Ailly en avril 1915.

- Rodolphe M. : condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 19 avril 1916 pour désertion à l’ennemi. Il a été blessé au Linge en août 1915, et cité à l’ordre du bataillon le 30 janvier 1916. Rapatrié d’Allemagne le 16 décembre 1918, il est condamné le 3 février 1919 par le 1er conseil de guerre permanent du Gouvernement Militaire de Paris à la peine de 20 ans de travaux forcés et à la dégradation militaire pour désertion à l’ennemi, avec circonstances atténuantes admises. Le restant de sa peine est commué en 7 ans de réclusion en février 1922.

- Pierre T. : condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 19 avril 1916 pour désertion à l’ennemi. Ayant combattu au Maroc en 1912-1913, il est celui qui a été cité à l’ordre de l’armée (en 1915), et à l’ordre du bataillon en janvier 1916.

Description exclusivement à charge contre le commandant d’unité d’une part, description absolument à charge contre les présumés déserteurs d’autre part : la vérité est-elle quelque part entre ces deux visions des choses ? Toujours est-il que la variété des personnalités et des destins de ces cinq chasseurs alpins montre, dans cette affaire, la complexité de l’appréhension de ce qu’a pu être – ou non – une « désertion à l’ennemi ».

L’épisode suivant survient peu de temps après, dans la nuit du 29 février au 1er mars, au cours duquel le 229e RI est une nouvelle fois pointé du doigt, avec le 213e RI cette fois. Le 4 mars, le général Nollet, commandant la 66e DI, en informe le général de Villaret, commandant la VIIe Armée, en ces termes :
     « L’affaire du 213e se résume dans l’enlèvement d’une sentinelle double. Les hommes enlevés n’ont ni tiré un coup de feu, ni lancé une grenade (ils en avaient à leur disposition). Mais ils ont donné l’alarme en tirant la sonnette qui les reliait au petit poste.
      L’affaire du 229e est plus difficilement explicable ; elle se rapproche comme caractère de celle d’Eck, avec cette différence toutefois qu’une pèlerine blanche allemande ayant été trouvée dans le boyau où se trouvaient épars les équipements des hommes du poste, il est établi que les Allemands s’y sont présentés.
      Dans l’un et l’autre cas, il semble résulter de mon enquête personnelle immédiate que la surveillance était organisée et exercée. »
Ses conclusions sont éclairantes, en particulier sur la répétition de ce type d’événements et ses explications :
      « […] Quelle que soit la valeur des remarques qui précèdent, il n’en reste pas moins acquis qu’en trois endroits et à trois moments différents, 14 hommes de la brigade, dont deux gradés, se sont laissés enlever sans tirer un coup de fusil et sans faire de résistance. C’est là un fait qui doit retenir l’attention.
      […] l’attitude des hommes qu’il faut bien expliquer ne peut être attribuée qu’à l’une des causes ci-après  :
     1° Emploi par l’ennemi de procédés de surprise, de stupéfaction, qui nous échappent.
    2° Veulerie de la troupe qui est surprise dans de telles conditions que pas un homme, même par un excès de nervosisme et ne fût-ce que sous l’influence de la peur, ne tire un coup de fusil.
     3° Désertion combinée des occupants des postes.

     La première explication est celle à laquelle inclinerait la troupe : elle ne repose pour le moment sur aucun fait certain.
    La désertion combinée est écartée par les commandants de compagnie et par les hommes eux-mêmes : la plupart des soldats enlevés étaient bien connus d’eux, et certains avaient fait leurs preuves.
    J’estime que la 115e brigade est restée trop longtemps dans la tranchée (près d’un an avec une semaine seulement d’interruption pour certaines unités) et par surcroît, dans le même secteur. C’est la raison pour laquelle j’ai insisté, dès ma prise de commandement, pour pouvoir la mettre au repos et la reprendre. Mais si beaucoup d’hommes exprimaient une certaine lassitude, c’est sans un mot d’indiscipline ni de révolte contre le commandement.
     […] Il est bien certain que les hommes des deux régiments trouvent le temps long et verraient volontiers la fin de la guerre, mais aucun des symptômes constatés ne conduit à admettre que ce sentiment soit plus développé chez eux que dans aucune autre des unités qu’il m’a été donné de commander ou d’approcher. Pour ces diverses raisons, j’écarte jusqu’à plus ample informé l’hypothèse d’une désertion collective, bien qu’elle puisse expliquer certaines particularités des deux incidents et notamment ce fait extraordinaire que cinq hommes aient pu être enlevés à quelques mètres d’un poste où se trouvait leur chef de section, assez silencieusement pour que cet officier, réveillé une demi-heure avant, n’ait absolument rien entendu. »
     Quoique semblant faire preuve de bienveillance envers les hommes incriminés, il n’en conclut pas moins :
     « […] j’ajoute que, pour mettre fin aux entreprises de l’ennemi sur le secteur de la division, je constitue avec des cavaliers et des skieurs volontaires, des patrouilles spéciales commandées par des officiers ; que les hommes des deux postes qui se sont laissés enlever passent en conseil de guerre pour abandon de poste en présence de l’ennemi. »

L’avis du colonel de Poumeyrac, commandant la 115e brigade, ne diffère pas dans ses conclusions en date du 1er mars :
      « Le poste tout entier sera traduit en Conseil de Guerre car, s’il ne s’est pas livré à l’ennemi, jusqu’à preuve du contraire il a montré beaucoup trop de bonne volonté pour se laisser emmener. »
Malgré ces divers avis, à des échelons hiérarchiques successifs, les fiches matricules de ces hommes ne portent trace de nulle condamnation.

Un mois après ces événements, c’est un fait d’une ampleur et d’une gravité inédites, dans le secteur du Langenfeldkopf, qui amènera la justice militaire à statuer. Au matin du 8 avril 1916, à 3 heures 30, un coup de main allemand, mené par un effectif évalué à une quarantaine d’assaillants, vise le Point 400. Après qu’une sentinelle a été abattue à bout portant, 17 hommes du poste 7 et de la réserve du poste 6 sont enlevés, pendant que des mitrailleurs sont surpris dans leurs abris. A l’issue de ce coup de main, les pertes françaises s’élèvent à 3 tués, 3 blessés, 23 disparus.
Le capitaine Berlon, du 11e BCA, commandant le Centre de Résistance frappé par le coup de main, écrit entre autres dans les conclusions de son rapport en date du 8 avril :
     « […] la garnison composée d’une section du 50e régiment territorial n’a opposé aucune résistance à l’ennemi à part un homme ou deux. Les hommes ont été cueillis dans leurs abris après injonction de l’ennemi. Les seuls survivants de l’affaire se trouvaient dans des abris que l’ennemi n’a pas fouillés. […] La conduite de la garnison du Point 400 a été caractérisée par la déposition du soldat Guérittot, blessé. Ce soldat m’a raconté qu’étant dans l’abri de réserve du poste 6 au moment de l’arrivée des Allemands au Point 400, ses camarades se sont rendus à la première injonction des Allemands sans même essayer de prendre leurs armes pour se défendre ou de se retirer par la 2e sortie de l’abri vers le boyau couvert, ce qu’a fait le soldat Guérittot. »

C’est ensuite le commandant Pichot-Duclos, dans un rapport adressé à la 2e brigade de chasseurs, qui donne ses conclusions :
     « Dans la 2e section de la 5e compagnie du 50e territorial (capitaine Jolivet), 2 escouades se sont rendues sans se défendre, alors que les fusils étaient sous leur main dans leurs abris ; 2 escouades se sont enfermées dans les leurs en voyant les Allemands arriver. Les 3 tués sont 2 sentinelles, tuées à bout portant, qui n’avaient vu qu’au dernier moment, et 1 caporal qui avait cherché à voir en sortant de la tranchée. Les mitrailleurs du 50e paraissent s’être un peu mieux tenus.
     Il ne suffit pas de flétrir de tels faits, il faut une sanction féroce. J’ai fait arrêter les 6 hommes présents de la 6e escouade, les 6 hommes présents de la 8e escouade, et le sergent Guillaume qui a reconnu être sorti de son abri en entendant des détonations et s’être caché dans un trou d’où il n’a plus bougé. Je désire les traduire en conseil de guerre spécial et les faire fusiller. J’en rends compte puisque dernièrement (affaire K… L…) il m’a été prescrit de surseoir à la convocation d’un semblable conseil de guerre que je me proposais à réunir. »


La chaîne hiérarchique mise en branle, c’est au tour du colonel Gamelin, commandant la 2e brigade de chasseurs, puis du général de Pouydraguin, commandant la 47e DI, d’émettre leur avis. Le premier écrit :
     « J’ai traité de « lâches » devant leurs camarades et mes chasseurs, les hommes des deux escouades qui se sont enfermés dans leurs abris, et les ai fait incarcérer. J’étudie la possibilité de les traduire devant un Conseil de guerre spécial, tout au moins en ce qui concerne les gradés. Bien entendu, des poursuites seront engagées contre ceux qui se sont rendus. Je prendrai toutes les sanctions complémentaires nécessaires. »

Les décisions du général de Pouydraguin ne diffèrent pas :
      « Je prends dès à présent, d’accord avec le commandant de la 2e brigade, les mesures de rigueur nécessaires et je soumettrai à votre approbation celles qui me paraîtront utiles. J’ai envoyé d’urgence à Breitfirst le greffier du conseil de guerre pour la constitution d’un conseil de guerre spécial. »

A terme, ce sont 34 hommes qui vont être concernés par la suite de la procédure au sein de la 5e compagnie du 50e RIT : 6 présents de la 6e escouade, 6 présents de la 8e escouade, 8 disparus de la 5e escouade, 8 disparus de la 7e escouade, 5 mitrailleurs et un sergent. Le sort qui leur est réservé est le suivant :
* à la 6e escouade :
- Victor Emile A. : condamné à 6 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.
- G. : suite inconnue.
- L. : suite inconnue.
- Jean M. : suite inconnue.
- P. : suite inconnue.
- Eugène T. : condamné à 6 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.

* à la 8e escouade :
- Louis Bi. : suite inconnue.
- Bo. : suite inconnue.
- Gustave Charles Br. : condamné à 2 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.
- Joseph Delphin C. : condamné à 2 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.
- Auguste D. : condamné à 2 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.
- Albert Eugène G. : condamné à 6 mois de prison par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; peine suspendue.

* à la 5e escouade :
- Auguste Henry Ba. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Arthur Paul Bo. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Léon Ferdinand F. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Claude Victor Gi. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Joseph Go. : suite inconnue.
- Henri Edouard L. : suite inconnue.
- Auguste P. : suite inconnue.
- Victor Constant Q. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.

* à la 7e escouade :
- Paul B. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Claude D. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Jules Abel L. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Charles Henri M. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Louis Albert N. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Georges Lucien Albert P. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 10 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- Emile Auguste R. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.
- François Xavier V. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.


* chez les mitrailleurs :
- Marie B. : suite inconnue.
- Louis C. : suite inconnue.
- Jules G. : suite inconnue.
- Pierre Alexandre M. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 3 ans de prison et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi ; Rapatrié d’Allemagne le 15 janvier 1919, il est acquitté par le conseil de guerre de la 47e DI le 20 mars 1919.
- Théodore S. : disparu au Langenfeldkopf dans la nuit du 7 au 8 avril 1916 ; condamné à 5 ans de détention et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 47e DI le 29 mai 1916 pour violation de consigne en présence de l’ennemi.

Enfin, Eugène Joseph Jules G., sergent : condamné à mort par le conseil de guerre spécial de la 2e brigade de chasseurs le 9 avril 1916 pour abandon de poste en présence de l’ennemi, gracié le 5 mai 1916 : peine commuée en 5 ans de prison ; cassé de son grade, engagé volontaire pour la durée de la guerre au 52e RIT ; une citation (1918).

Affaire peu commune, d’une ampleur rarissime, elle alimente cependant une succession de « captures » qui, peu à peu, deviennent sujettes à caution et sèment le doute dans les esprits. C’est ainsi que le 10 juin 1916, au Violu, le sous-lieutenant Rieussec, du 22e BCA, et 17 chasseurs manquent à l’appel, attirant la suspicion du commandant de la VIIe Armée. Le 8 juillet, le général Gratier, commandant la 46e DI, lui adresse un courrier en vue de lever les doutes :
     « J’ai l’honneur d’attirer respectueusement votre attention sur une confusion que pourraient causer les termes de votre note n°4648/3.S.OP. du 6 juillet 1916, et qui serait de nature à jeter sur le 22e Bataillon de Chasseurs un discrédit qu’à mon avis, il ne mérite pas. Ce n’est pas, en effet, à la suite d’un coup de main que 1 officier et 17 chasseurs de ce bataillon sont restés le 10 juin aux mains de l’ennemi, mais bien au cours d’un combat dont le résultat fut un succès notoire pour nos armes. […] Le groupe tombé aux mains de l’ennemi, ayant ses communications coupées, s’est trouvé complètement isolé au moment de l’attaque : des traces de lutte manifeste permettent de supposer qu’il n’a pas été emmené sans résistance, et rien ne permet d’affirmer que ceux qui le composaient étaient valides au moment de leur capture. En ce qui me concerne, j’ai cru de mon devoir de féliciter le 22e Bataillon de Chasseurs de son attitude au cours du combat. Sur ma proposition, vous avez bien voulu lui accorder à cette occasion, 2 croix de la Légion d’Honneur et 3 citations à l’ordre de l’Armée. Dans ces conditions, il ne me semble pas que l’enlèvement, le 10 juin, au Violu, d’un officier et de quelques chasseurs puisse, en raison des circonstances qui l’ont entouré, être assimilé aux coups de main heureux exécutés par l’ennemi en d’autres points du front. »

C’est dans ce même secteur que se déroulent ensuite des faits isolés, avec la disparition de deux hommes du 216e RI, le 7 août puis le 13 août 1916. Le premier, Jean Pierre Mo., est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 63e DI le 26 janvier 1917 pour désertion à l’ennemi ; hospitalisé en Suisse, il sera rapatrié le 25 juillet 1918, puis acquitté par le conseil de guerre de la division polonaise (après conversion de la 63e DI). Le second, Joseph Mu., est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 63e DI le 26 janvier 1917 pour désertion à l’ennemi ; il est à nouveau condamné à mort et à la dégradation militaire le 6 juillet 1920 par le conseil de guerre de la 13e Région militaire, jugement confirmé par arrêt de la cour de cassation du 29 juillet 1920. Sa peine est commuée en 20 ans de travaux forcés le 18 octobre 1920, puis il obtient des remises de peine de 5 ans le 21 mai 1924, et de 5 ans le 5 décembre 1924 ; il est renvoyé dans ses foyers le 27 décembre 1925, et sera amnistié en 1931.

Quittons brièvement le fil de cette chronologie pour évoquer deux cas particuliers au sein de la même unité : ces deux cavaliers du 11e régiment de cuirassiers à pied, qui ont manqué à l’appel lors d’un séjour de leur régiment en Haute-Saône, vont connaître des fortunes différentes, comme nous allons le voir. Il s’agit d’une part de Georges F., qui manque aux appels du 18 janvier 1917 ; il est condamné à mort par contumace par le conseil de guerre de la 5e DC le 23 mars 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; il se présente volontairement à la Place de Paris le 9 février 1926 et est laissé en liberté provisoire à son domicile. Il sera finalement condamné par le conseil de guerre du Gouvernement Militaire de Paris le 17 août 1926 à un an de prison avec sursis pour désertion à l’étranger en temps de guerre. D’autre part, Antoine L. est condamné à mort par contumace par le conseil de guerre de la 5e DC le 23 mars 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi, puis condamné le 30 juin 1919 à 5 ans de prison par le 1er conseil de guerre du Gouvernement Militaire de Paris pour abandon de poste sur un territoire en état de guerre, et écroué à l’Île Madame. Il sera amnistié en 1919.

Intéressant traitement de ces cas de deux cavaliers pour lesquels un pis-aller semble avoir été trouvé par le truchement de poursuites pour « abandon de poste en présence de l’ennemi » alors qu’ils étaient, en Haute-Saône, si éloignés du front… Un front auquel nous revenons à présent pour traiter de la véritable « vague » de désertions à l’ennemi qui frappe certaines unités de la 52e DI entre l’automne 1916 et le printemps 1917 : ce sont en effet 9 condamnations à mort par contumace qui vont être prononcées, dans les affaires que nous allons détailler.

16 octobre 1916 :
Damascène Clodomir Henri L., du 348e RI, disparaît près de Metzeral. Condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 15 février 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi, il est rapatrié d’Allemagne le 3 décembre 1918, et finalement acquitté par le conseil de guerre de la 28e DI le 6 juin 1919.

18 octobre 1916 :
Eugène B., du 348e RI également, disparaît lui aussi près de Metzeral. Il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 15 février 1917 pour désertion à l’ennemi.

4 novembre 1916 :
Pierre D., du 245e RI, a déjà manqué à l’appel le 27 septembre 1916 ; déclaré déserteur le 30 septembre 1916, il est rentré volontairement au corps le 3 octobre 1916, et a été rayé des contrôles de la désertion le même jour ; condamné à 4 ans de prison le 23 octobre 1916 pour désertion à l’intérieur en temps de guerre, il bénéficie de circonstances atténuantes, et sa peine est suspendue. Il manque à nouveau à l’appel ce 4 novembre. Déclaré déserteur à l’étranger le 7 novembre 1916, il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 31
mai 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Il sera au final condamné le 9 avril 1921 par jugement par défaut du conseil de guerre permanent de la 2e Région militaire à 10 ans de travaux publics.

23 novembre 1916 :
Louis Camille D., du 320e RI, engagé volontaire pour trois ans en 1899, rengagé en 1907, et rayé des contrôles en 1912 (avec un certificat de bonne conduite refusé), disparaît au Sudel. Il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 25 octobre 1917 pour désertion à l’ennemi.


31 janvier 1917 :
Immédiatement après l’occurrence des faits, le capitaine Richard, commandant la Grand Garde b8, où ils ont eu lieu, rédige le compte-rendu suivant :
     « Le commandant de la Grand Garde b8 du Centre de Résistance B4 (Sous-Secteur B) rend compte que les soldats P. Emile (n° matricule 1480, voltigeur), R. Benoît (n° matricule 13340, voltigeur) sont passés à l’ennemi dans les circonstances suivantes. Le 31 janvier 1917, ces hommes avaient été placés en sentinelle à 8 heures 30, au petit poste n°2 du poste du Kiosque ; ils avaient été conduits à leur emplacement par le caporal Bachelot, chargé de la relève des sentinelles. Lorsque les deux soldats furent placés, le caporal Bachelot les quitta pour aller faire la relève du P.P. n°1. Il revint ensuite auprès de P. et R. avec lesquels il passa quelques minutes, retourna au poste n°1, puis revint à nouveau au poste n°2. En arrivant, il ne trouva plus que les fusils et les couvertures des deux hommes. Ces derniers avaient écarté les réseaux Brun et les saucisses Ribard* et profitant d’un repli de terrain, étaient passés au poste ennemi distant d’environ 20 mètres. L’aspirant Leflon qui commandait la section du Kiosque fut prévenu aussitôt, mais P. et R. étaient déjà disparus dans la tranchée ennemie. Ces hommes furent aperçus par le poste d’observation latérale du mamelon intermédiaire où se trouvaient les soldats Michel et Dubucquoy. Comme il neigeait, ces hommes ne purent distinguer que des silhouettes sur lesquelles le soldat Dubucquoy tira deux cartouches pendant que Michel prévenait le chef de section. A son arrivée, quoique ne voyant plus rien, le sous-lieutenant Fauqueux fit tirer à nouveau quelques cartouches dans la direction d’où les ombres avaient été vues.

     Les soldats P. et R. étaient deux mauvais soldats. D’un esprit peu militaire, ils se plaignaient toujours des fatigues qui leur étaient imposées. Toutefois, après enquête, rien ne faisait prévoir la désertion de ces hommes, qui a dû être combinée en quelques minutes. Ces deux hommes étaient des récupérés, arrivés à la compagnie depuis quelques mois seulement. »

* Les « saucisses Ribard » sont des fils de fer barbelés qui se présentent en rouleaux accordéon pour être plus facilement déployés.


Ce compte-rendu est suivi de l’avis du commandant du sous-secteur :
     « La situation particulièrement délicate du poste avancé du Kiosque à toute proximité d’un poste allemand, sur un terrain où la barrière des défenses accessoires est journellement bouleversée par les torpilles, a contribué à faciliter la fuite des deux déserteurs. Il est regrettable que, malgré la vigilance des sentinelles voisines, ces deux lâches n’aient pu être abattus à coups de fusil. »
Un avis à son tour suivi de celui du général commandant la 52e DI :
     « Je renouvelle les ordres déjà donnés au sujet des théories et causeries à faire aux hommes pour leur démontrer l’ignominie de la désertion et les conséquences qui en résultent. Les soldats P. et R. seront traduits en Conseil de guerre par contumace. »


A terme, comme prévu, les deux hommes sont poursuivis : Emilien P. est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 28 août 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi ; il est acquitté par le conseil de guerre de la 28e DI, par jugement contradictoire, le 6 juin 1919. Quant à Benoît R., il est lui aussi condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 28 août 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; il est condamné par le conseil de guerre de la 28e DI le 10 juin 1919 pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi à 5 ans de travaux forcés, à la dégradation militaire et à 5 ans d’interdiction de séjour. Il sera élargi le 31 décembre 1923. Deux semaines ne s’écoulent pas avant l’épisode suivant…

14 février 1917 :
Paul Arsène Joseph D., du 348e RI, est une première fois condamné à 5 ans de prison le 23 octobre 1916 pour désertion à l’intérieur en temps de guerre, les circonstances atténuantes étant admises, et sa peine étant suspendue. Il disparaît au Sudel le 14 février 1917, et est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 30 octobre 1917 pour désertion à l’ennemi. Rayé des contrôles de la désertion le 1er décembre 1920, il est condamné par le conseil de guerre de Châlons-sur-Marne le 8 mars 1921 pour désertion à l’ennemi à 10 ans de travaux forcés, à la dégradation militaire et à 20 ans d’interdiction de séjour. Il sera élargi le 16 août 1926.


19 mai 1917 :
Henri A., du 348e RI, manque à l’appel du 19 mai 1917 au soir ; déclaré déserteur le 23 mai 1917, il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 24 novembre 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi. Il meurt le 2 juillet 1917 en Suisse. Suivra une rétractation, le 24 mai 1933, par le tribunal militaire permanent d’Orléans, du jugement rendu le 24 novembre 1917.


Maurice M., du 348e RI, disparaît à l’Hartmannswillerkopf le 19 mai 1917. Il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 52e DI le 24 novembre 1917 pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi. Rapatrié d’Allemagne le 3 décembre 1918, il est acquitté par le conseil de guerre de la 28e DI le 6 juin 1919. Il sera amnistié en 1925.

A la suite des 9 cas qui ont agité la 52e DI, d’autres cas isolés se produisent en 1917 dans divers secteurs. Le 4 juillet, aux abords de la cote 651, au nord de Senones, Jules Frédéric P., du 43e RIT, tente de passer à l’ennemi. Repris au cours de sa tentative, il n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine de la désertion : le conseil de guerre de la 76e DI l’a déjà condamné deux fois pour désertion à l’intérieur en temps de guerre, avec à la clef des peines d’un an de prison (juillet 1916) puis de 5 ans de travaux publics (novembre 1916), suspendues. Il est cette fois condamné à mort par le conseil de guerre de la 12e DI pour abandon de poste en présence de l’ennemi, et fusillé le 20 août 1917. Il entre dans la lignée de ceux qui ont tenté de déserter à l’ennemi avec plus ou moins de réussite, tels, avant lui, Baptiste V., du 210e RI, abattu par une sentinelle le 9 octobre 1916, ou l’année suivante, Diakité D., du 35e BTS, abattu le 18 mai 1918 lors d’une tentative similaire.

Le 14 juillet 1917, Georges Charles F., du 67e RI, disparaît quant à lui près du col d’Hermanpère ; il est condamné à mort et à la dégradation militaire par contumace par le conseil de guerre de la 12e DI le 13 janvier 1918 pour désertion à l’ennemi. Rapatrié d’Allemagne le 18 novembre 1918, il est condamné par le conseil de guerre de la 6e Région militaire le 2 avril 1919 pour désertion à l’ennemi à 5 ans de travaux forcés et à la dégradation militaire.

Le 19 juillet 1917, c’est une fois encore dans le secteur du Langenfeldkopf, où des territoriaux s’étaient fait remarquer, que des soupçons pèsent sur l’un d’entre eux. Le rapport rédigé à ce sujet par le chef de bataillon Bouvard, du 49e RIT, est éclairant :
     « Le 19 juillet, vers 3 heures, le soldat I. était sorti du poste 10 pour se mettre en liaison avec le poste 11, en suivant le sentier qui réunit les postes 10 et 11, en passant entre les deux réseaux de fil de fer. Au petit jour, ne le voyant pas rentrer, le sergent Fournier, commandant le poste 10, se rendit d’abord au poste 11 par le boyau où il ne trouva pas de nouvelles du soldat I. ; le sergent revint au poste 10 en suivant le sentier qu’avait dû suivre I. entre les deux réseaux. A peu près à mi-distance des deux postes (éloignés l’un de l’autre d’environ 400 mètres), il trouva une grenade à manche sur le sentier, à côté d’un trou d’obus, laissant supposer qu’une embuscade avait pu s’y établir. Près du trou, le réseau extérieur paraissait avoir été traversé ; le sergent y trouva le casque de I., 6 autres grenades à manche et une cisaille.
     Le soldat I., Edouard-Jean-Baptiste, classe 1901, avait été classé dans le service auxiliaire pour varices ; mobilisé le 23 novembre 1917, et affecté à une section de C.O.A., il fut condamné le 31 mai 1917 à un an de prison avec sursis pour vol au préjudice de l’Etat. Passé au 49e Territorial le 6 juin 1917. »


Un premier avis tombe, celui du général Demetz, commandant la 56e DI : « Il y a présomption de désertion à l’ennemi. Une instruction sera ouverte contre le soldat I. »
Puis vient l’avis du général de Mitry, commandant la VIIe Armée :
     « Je ne crois pas qu’il y ait désertion. Le soldat I. me semble avoir été enlevé tout simplement par une embuscade boche : il avait commis l’imprudence, qui se commettait chaque nuit paraît-il, de passer par un sentier entre nos deux réseaux, au lieu de derrière le boyau, pour assurer la liaison entre deux postes.
     Le commandant de la compagnie est responsable de l’incident, d’abord pour avoir fait assurer une liaison, la nuit, par un homme isolé, ensuite pour avoir toléré l’imprudence commise en faisant cette liaison en dehors du réseau. Je n’ai pas prononcé de sanction parce que je me trouvais devant des habitudes anciennes, mais j’ai profité d’une visite au secteur local pour faire des observations au commandant du bataillon (P.C. Hébrard) qui a sous ses ordres cette partie du secteur. »
Ce dernier avis semble avoir été suivi, puisque la fiche matricule d’Edouard Jean Baptiste I. ne porte trace d’aucune condamnation postérieure à celle du 31 mai 1917.


Vient enfin l’affaire du 22 septembre 1918, totalement surprenante à plus d’un titre, et pas uniquement parce qu’elle a concerné un officier. Les rapports qui ont suivi ces faits valent la peine d’être retranscrits dans leur intégralité pour en saisir tout le piquant… [la terminologie en usage est à comprendre de la façon suivante : un « G.C. » est un groupe de combat, qui regroupe des points d’appui (« Pa »), des tranchées (« T ») établies en profondeur sur des lignes « a » (d’où le « Ta »), « b » (« Tb »), « c » (« Tc »), des parallèles et des boyaux.]

     « Rapport du lieutenant Gérardy, commandant la 5e compagnie du 2e régiment d’infanterie, sur le coup de main exécuté ce matin, 22 septembre, à 8 heures, sur le G.C. Pa 13.
     Depuis les 3 jours que la compagnie occupait le secteur, aucune activité n’avait été remarquée chez l’ennemi. Aucun travail n’avait été constaté. Deux patrouilles avaient seulement essayé d’aborder les lignes et avaient été rapidement dispersées.
     Ce matin, à 7 heures 55, l’ennemi déclenche un violent feu de minen, d’abord sur les G.C. 1 et 2, situés à Ta 67 et Ta 51 ; les deux G.C. se conformant aux ordres précédemment donnés se replient. Le G.C. Ta 51 a cependant fait des feux et ils ont entendu nettement des cris de blessés boches à l’est de 41.58. A 8 heures 10, un caporal de Ta 51 m’annonce le repli de son G.C. A ce moment, à 8 heures 11, l’ennemi tire avec une mitraillette dans le ravin de la Poêle et son tir de minen semble commencer sur la 1re compagnie et les deux G.C. de droite, situés à Ta 17 et Tb 72. Le G.C. Tb 72 est évacué. Le G.C. Ta 17 qui a le moins souffert n’a été évacué qu’à 8 heures 56 et réoccupé aussitôt.
     A 8 heures 26, le tir ennemi se porte sur les lignes Tb et Tc et se précise sur le G.C. 3, situé à Tb 13. A 8 heures 35, l’artillerie de 77, de 105, percutants et fusants, accompagne le tir des minen, et à 8 heures 47, le feu atteint son maximum d’intensité. A 8 heures 51, le feu se calme un peu et se concentre uniquement sur la ligne Ta, pour se prolonger à 8 heures 57 vers la gauche.
     A 9 heures, un avion ennemi circule sur le secteur et le tir ennemi se reporte sur la ligne Tb et Tc. A 9 heures 07, le bombardement par minen cesse et l’ennemi bombarde l’arrière avec 77 et 105. A 9 heures 15, je perçois des éclatements de grenades, l’ennemi doit commencer son attaque. J’envoie immédiatement un caporal et trois hommes en avant vers la gauche pour avoir des renseignements. A 9 heures 25, j’envoie une autre patrouille sur la droite. Les deux demi-sections de soutien sont alertées depuis 8 heures, prêtes à se porter en avant pour contre-attaquer si la nécessité s’en fait sentir.
     A 9 heures 40, 2 hommes (Boucheron et Desoignes), qui s’étaient repliés, me rendent compte que l’ennemi a pénétré dans Tb 13 que les gradés présents dans le G.C. n’avaient pas fait évacuer, et avaient défendu de tirer sur l’assaillant.
     A 9 heures 55, un caporal (Beuzeville) et un soldat (Demoiseau) de Tb 13 m’annoncent que le sous-lieutenant L., l’adjudant Glin et le sergent Allory ont été capturés par l’ennemi. J’envoie immédiatement 1 caporal et 6 hommes vers Tb 13. Cette patrouille nettoie le G.C. et le réoccupe vers 11 heures. A 11 heures 10, tous les G.C. sont réoccupés. Ils sont complètement bouleversés et les lignes Ta et Tb sont obstruées.


Dans les ordres que j’avais précédemment donnés, il y avait :
    1°) l’ordre de rester continuellement équipé ;
    2°) l’ordre d’évacuer le G.C. si l’ennemi tentait un coup de main et de faire le vide devant lui ;
    3°) l’ordre de faire une alerte journalière à signaler au C.R. ;
   4°) l’ordre de faire par G.C. une patrouille entre 7 et 9 heures en avant, à droite et à gauche du G.C. pour nettoyer le Boche ;
   5°) les patrouilles assuraient en même temps la liaison avec les G.C. de droite et de gauche. Ces patrouilles étaient indépendantes des patrouilles offensives et autres, qui étaient faites par les G.C. de soutien.


     Le sous-lieutenant L., qui avait son P.C. à Tb 72, quittait son G.C. avec le sergent Allory et le caporal Beguin à 7 heures 30. Il n’y avait donc plus de gradés dans ce G.C. Le sous-lieutenant L. partait vers les voisins de gauche après avoir passé par Ta 17. Il se trouvait à 8 heures à Tb 13, lorsque le bombardement commença, et s’apprêtait à revenir à Tb 72. Le caporal Beguin était déjà sorti et s’est replié ; c’est lui qui m’a averti le premier.
     Pourquoi le sous-lieutenant L. est-il parti, laissant le G.C. Tb 72 sans gradé ? Je l’ignore et il ne m’en a pas averti. Le G.C. Tb 13 est le seul qui n’ait pas été évacué.




     D’après l’enquête que j’ai faite, le sous-lieutenant L. se trouvait dans l’abri situé à Tb 13 avec l’adjudant Glin, le sergent Allory, les caporaux Fougeras, Beuzeville, et les soldats Legois, Chanal, Spagnol, Bidon et Tremorin. Les gradés se trouvaient à l’entrée de l’abri. Le soldat Ollo se trouvait à son poste et a été tué. Les autres hommes, guetteurs à Ta 36, Ta 34 et Ta 33, s’étaient repliés, ignorant où se trouvaient leurs chefs, au moment où l’ennemi pénétrait par le nord du G.C. à 9 heures 15. Ils étaient une trentaine.
     Une fraction ennemie forte d’environ 20 hommes avait passé la ligne Ta entre les points 44 et 39, et prenaient le G.C. 3 à revers par le sud. L’abri où se trouvait le sous-lieutenant se trouve au sud du G.C. Il y fut surpris à 9 heures 20 par l’ennemi et se rendit avec l’adjudant Glin et le sergent Allory. Les hommes de l’abri s’étaient déséquipés d’abord, puis se sont cachés pour ne pas se rendre. Ils n’ont d’ailleurs pas été vus car l’ennemi a battu précipitamment en retraite.
     Le caporal Fougeras, le plus ancien gradé, dit que le sous-lieutenant L. avait défendu de tirer, a parlementé avec les boches qui se sont présentés à l’entrée de l’abri, revolver au poing, et puis s’est rendu.
     J’hésite à croire ces faits. Le sous-lieutenant L., arrivé dans le secteur depuis 24 heures, avait copié tous mes ordres avant de prendre possession de son poste et, consciencieux, avait voulu visiter ses voisins de gauche. Surpris par le violent bombardement, il a estimé qu’il aurait perdu, en traversant le tir d’encagement*, plus d’hommes qu’en demeurant dans le G.C. En défendant de tirer, il a voulu laisser croire à l’ennemi que le G.C. était vide et, debout sur le seuil de l’abri, il s’apprêtait probablement lui-même à capturer le boche qui se serait présenté.
     C’est lui qui a été surpris.
    Le sous-lieutenant L., que je connais personnellement depuis longtemps, est un gradé consciencieux et très brave. S’il n’a pas exécuté les ordres donnés, c’est qu’il a supposé pouvoir agir comme il l’a fait, en toute conscience.

     J’ai un homme tué et quatre blessés. Les patrouilles exécutées après la réoccupation des G.C. n’ont trouvé aucun blessé ni cadavre ennemi.
     L’ennemi n’a pris aucun papier sur le sous-lieutenant L. et l’adjudant Glin. Tous leurs papiers, ordres et cartes, laissés à Tb 13 et Tb 72, m’ont été rapportés. »


* Un « tir d’encagement » consiste à prendre pour cible le pourtour de l’objectif d’une attaque d’infanterie afin d’empêcher les effectifs assaillis de bénéficier du soutien de renforts, et que soient isolés lesdits effectifs.

     « Avis du chef de bataillon Taureau, commandant le 2e bataillon du 2e RI.

     Vu et transmis : de l’enquête minutieuse effectuée dans la journée par le lieutenant Gérardy, commandant la 5e compagnie, il ressort que les faits se sont passés d’une façon différente de celle mentionnée sur le premier compte-rendu fourni hâtivement, exacts cependant quant aux résultats du coup de main.
     La responsabilité du sous-lieutenant L. semble engagée par la non-évacuation du poste où il se trouvait quand il a été fait prisonnier. L. connaissait parfaitement l’ordre d’évacuation puisque le poste Tb 72 qu’il commandait a été évacué en son absence ; il a eu le tort de ne pas s’y conformer. Il a certainement cru mieux faire. Je ne juge pas que son honneur soit engagé, il n’est pas un peureux ; je l’ai eu près de moi comme chef des liaisons de mon bataillon et il a toujours fait preuve d’un calme imperturbable, recherchant toutes les occasions de circuler en secteur et apportant à son service toute la ferveur de son jeune âge. Il a été surpris, en tournée, par le barrage allemand. D’une intelligence supérieure, d’une instruction générale au-dessus de la moyenne, il faut admettre qu’il a été victime de son inexpérience et peut-être aussi de marquer, par un piège à l’ennemi, les premiers jours de son galon de sous-lieutenant. Il avait certainement cru mieux faire.
     Quoi qu’il en soit, nul ne connaît exactement les mobiles qui ont fait agir ainsi le sous-lieutenant L., qui a fait une faute de service, et aura à s’expliquer à son retour de captivité. […] »

     « Le lieutenant-colonel Moulois, commandant le 2e régiment d’infanterie. Transmis.

     Il ressort du rapport qu’il n’y a pas eu faute de commandement mais faute individuelle commise par le sous-lieutenant L., qui n’a pas fait évacuer le G.C. malgré l’ordre donné. Le sous-lieutenant L. était très estimé au bataillon en raison de sa bravoure. Il venait de passer sous-lieutenant. L’adjudant Glin était arrivé au régiment depuis quelques jours seulement. Le sergent Allory était connu comme un très bon sous-officier ayant déjà fait ses preuves.
     Le rapport précise que l’officier et les deux gradés étaient à la porte de l’abri, les hommes cachés dans l’abri. Les gradés seuls ont été pris. Le sous-lieutenant L. voulait-il tendre un piège ? C’était quelque peu enfantin, et le résultat en fut malheureux. »

     « Le colonel Martin, commandant le sous-secteur Nord. 
     Le sous-lieutenant L. mérite d’être traduit devant un Conseil de Guerre pour l’inexécution des ordres qu’il avait reçus et la façon dont il s’est rendu sans combattre. »

     « Le général commandant la 20e D.I.
La conduite du sous-lieutenant L. est incompréhensible et inexplicable.
     1° Il n’a pas exécuté les ordres donnés.
     2° Il a abandonné ses hommes en emmenant les gradés.
     3° Il s’est rendu sans combattre.
Une plainte en Conseil de guerre est établie contre cet officier. »


     « Avis du général commandant le 33e C.A. au sujet de l’incident de la Forain.
     De l’enquête faite sur place par un officier de mon état-major, et des renseignements complémentaires qui m’ont été fournis par le général commandant le Sous-Secteur de Saint-Dié, il ressort nettement que le bon esprit et l’énergie du sous-lieutenant L. ne sauraient être mis en cause a priori.
     Dans une lettre destinée à sa famille et écrite la veille au soir, il manifestait la plus vive ardeur à la suite de sa promotion au grade de sous-lieutenant et exprimait l’espoir de s’emparer prochainement de quelques Boches.
     Cet officier paraît avoir été victime d’un concours fâcheux de circonstances.
    Sa compagnie était aux tranchées depuis la veille. Au moment où le bombardement a commencé, il visitait la première ligne et se trouvait au G.C. Tb 13. Venant d’un secteur de bataille, il a sans doute estimé que le bombardement qu’il subissait ne nécessitait pas l’évacuation immédiate de la 1re ligne, et c’est ce qui expliquerait que la garnison du G.C. Tb 13 est restée sur place au moment de l’attaque boche.
    Celle-ci a été exécutée par deux groupes, l’un venant directement du nord, l’autre abordant le G.C. par le sud après avoir effectué une espèce de mouvement tournant par l’ouest. Le sous-lieutenant L. et les deux gradés qui se tenaient alors à la porte de l’abri ont eu vraisemblablement leur attention attirée par le groupe ennemi du nord, et se sont concertés en vue de lui tendre un piège et de lui faire des prisonniers ; mais le groupe du sud a pu, à ce moment, leur tomber dessus à l’improviste et les capturer sans qu’ils aient eu la possibilité de se défendre. Les Allemands les ont emmenés sans fouiller l’abri où les hommes du poste étaient restés cachés sans se rendre un compte exact de ce qui se passait à l’extérieur.

     En résumé, me basant sur les renseignements assez peu précis qui ont pu être recueillis et sur l’estime générale dont jouissais le sous-lieutenant L. à son bataillon, je suis d’avis que le malheureux incident dont il a été la première victime doit être imputé à son inexpérience du secteur et à une imprudence occasionnée par le désir légitime de capturer des ennemis.
     Sa comparution éventuelle en Conseil de guerre, à son retour de captivité, permettra seule d’éclaircir les points restés obscurs dans cette affaire et de porter un jugement  définitif sur ceux qui y ont pris part.
     Dans les échelons supérieurs, aucune responsabilité n’est engagée : toutes les consignes étaient régulièrement données et ont été observées. »

Rapatrié le 5 janvier 1919, le sous-lieutenant L. est versé le 1er mars au 47e RI au sein duquel, ironie du sort, il commande une compagnie de prisonniers de guerre ; sa fiche matricule ne porte trace d’aucune condamnation.

Tentatives… de conclusions

Au terme de cet aperçu totalement dénué d’exhaustivité, quelles réflexions, quelles conclusions, tirer de ces éléments, certes fragmentaires ? Deux pistes s’ouvrent quant à l’exploitation de ces données, qui concernent d’une part le pan « militaire » des choses, et d’autre part le pan « juridique ».

Militairement parlant, les exemples rencontrés peuvent être confrontés aux caractéristiques suivantes : le nombre de protagonistes, le type de lieu, le type d’action, l’horaire de l’action. - Plusieurs affaires concernent des effectifs faibles, à savoir 5 hommes dans plusieurs cas, dépassés en nombre par une fraction d’assaillants. Quelques cas d’isolés « disparaissant » existent également : certains ont déserté à l’ennemi sans ambiguïté, mais d’autres ont été enlevés, à la suite d’une lutte ou non. Enfin, comme dans le cas du sous-lieutenant L., la reddition pure et simple, avérée ou supposée, fait également partie des cas de figure.
- Le lieu de la « disparition » est fréquemment isolé et / ou d’accès difficile, tel un poste avancé, en pointe d’un dispositif et / ou situé en zone montagneuse.
- Les circonstances de la « disparition » des hommes potentiellement traduits en conseil de guerre pour désertion à l’ennemi sont, dans le secteur de cette étude, le plus fréquemment un coup de main allemand, à l’issue duquel des sentinelles, guetteurs, factionnaires, occupants d’un poste d’écoute ou d’un petit poste, agents de liaison, manquent à l’appel. 
- La « disparition » se produit généralement de nuit, et à cet horaire peuvent également s’ajouter les conditions météorologiques, à savoir des chutes de neige, cette conjonction facilitant d’autant plus la survenue des faits.


Juridiquement parlant, les constatations suivantes peuvent être faites :
- En moyenne, le temps écoulé entre la commission des faits et la date à laquelle un jugement est rendu, est de plus en plus long :

1915
Affaire du 371e RI ; René Auguste R. : faits du 8 janvier 1915 ; affaire statuée le 12 février 1915, soit 36 jours.
1916
Février

Affaire du 363e RI ; Léon D. : faits du 4 février 1916 ; affaire statuée le 25 février 1916, soit 21 jours.
Affaire du 229e RI ; Eugène C. : faits du 19-20 février 1916 ; affaire statuée le 7 avril 1916, soit 48 jours.
Affaire du 11e BCA ; faits du 23 février 1916 ; affaire statuée le 19 avril 1916, soit 57 jours.
Avril
Affaire du 50e RIT ; faits du 8 avril 1916 ; affaire statuée le 9 avril 1916 (sergent Eugène Joseph Jules G.), soit 1 jour (condamnation à mort par contumace), et le 29 mai 1916, soit 52 jours.
Affaire du 216e RI ; faits du 7 août 1916 ; affaire statuée le 26 janvier 1917, soit 173 jours.
Affaire du 216e RI ; faits du 13 août 1916 ; affaire statuée le 26 janvier 1917, soit 167 jours.
Affaire du 348e RI ; faits du 16 octobre 1916 ; affaire statuée le 15 février 1917, soit 123 jours.
Affaire du 348e RI ; faits du 18 octobre 1916 ; affaire statuée le 15 février 1917, soit 121 jours.
Affaire du 245e RI ; faits du 4 novembre 1916 ; affaire statuée le 31 mai 1917, soit 209 jours.
Affaire du 320e RI ; faits du 23 novembre 1916 ; affaire statuée le 25 octobre 1917, soit 337 jours.
1917
Affaire du 11e RC ; faits du 18 janvier 1917 ; affaire statuée le 23 mars 1917, soit 65 jours.
Affaire du 348e RI ; faits du 31 janvier 1917 ; affaire statuée le 28 août 1917, soit 210 jours.
Affaire du 348e RI ; faits du 14 février 1917 ; affaire statuée le 30 octobre 1917, soit 259 jours.
Affaire du 348e RI ; faits du 19 mai 1917 ; affaire statuée le 24 novembre 1917, soit 190 jours.
Affaire du 67e RI ; faits du 14 juillet 1917 ; affaire statuée le 13 janvier 1918, soit 184 jours.


La raison pour laquelle ce délai s’est accru, s’il est sujet à conjectures, tient vraisemblablement à la priorisation des affaires traitées par le commissaire-rapporteur : dans une certaine mesure, il n’y a plus d’urgence à condamner, si exemplaire la peine soit-elle, un prévenu absent, pendant que d’autres accusés, dont les dossiers sont en cours d’instruction, sont présents à l’unité ou écroués.

- Pour ce qui concerne, dans ces affaires, l’adéquation entre les jugements et le contenu du Code de Justice Militaire, rarissimes sont les cas qui interrogent, à défaut de connaître la teneur des dossiers de procédure :
1915
Affaire du 371e RI (8 janvier) :
René Auguste R., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


1916

Affaire du 363e RI (4 février) :
Léon D., pour abandon de poste en faction en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme aux articles 211 et 238.

Affaire du 229e RI (19-20 février) :
Eugène C., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.


Affaire du 11e BCA (23 février) :
Jean Marie B., Léon E., Henri G., Rodolphe M., Pierre T., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


Avril
Affaire du 50e RIT (8 avril) :
Gustave Charles Br., Joseph Delphin C., Auguste D., pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; 2 mois de prison. L’article 214 stipule : « En temps de guerre, aux armées, ainsi que dans les communes et les départements en état de siège, et dans les places de guerre assiégées ou investies, tout militaire qui ne se rend pas à son poste en cas d’alerte, ou lorsque la générale est battue, est puni de six mois à deux ans d’emprisonnement ; s’il est officier, la peine est celle de la destitution. »
Une erreur de retranscription s’est-elle glissée dans la fiche matricule de chacun de ces trois hommes, lesquels n’ont pas été condamnés à la peine-plancher prévue par l’article 214 ? La question reste entière.


Victor Emile A., Albert Eugène G., Eugène T., pour ne pas s’être rendu à son poste en temps de guerre ayant été alerté ; 6 mois de prison, conformes à l’article 214.

Pierre Alexandre M., pour violation de consigne en présence de l’ennemi ; 3 ans de prison et dégradation militaire, conformes à l’article 219.

Paul B., Auguste Henry Ba., Arthur Paul Bo., Claude D., Léon Ferdinand F., Claude Victor Gi., Jules Abel L., Charles Henri M., Louis Albert N., Victor Constant Q., Emile Auguste R., Théodore S., François Xavier V., pour violation de consigne en présence de l’ennemi ; 5 ans de détention et dégradation militaire, conformes à l’article 219.

Georges Lucien Albert P., pour violation de consigne en présence de l’ennemi ; 10 ans de détention et dégradation militaire, conformes à l’article 219.

Eugène Joseph Jules G., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.

Affaires du 216e RI (7-13 août) :
Jean Pierre Mo., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.
Joseph Mu., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


Affaires du 348e RI (16-18 octobre) :
Damascène Clodomir Henri L., pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi; peine de mort, conforme aux articles 213 et 238.
Eugène B., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


Affaire du 245e RI (4 novembre) :
Pierre D., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.


Affaire du 320e RI (23 novembre) :
Louis Camille D., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


1917
Affaires du 11e RC (18 janvier) :
Georges F., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.
Antoine L., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.
Dans ces deux cas, comme nous l’avons précédemment écrit, a eu lieu un dévoiement de l’article 213, le régiment étant à l’arrière, et non au contact de l’ennemi, à la date des faits. La requalification des faits, après guerre, en « désertion à l’étranger en temps de guerre » pour Georges F., et en « abandon de poste sur un territoire en état de guerre » pour Antoine L., étaient autrement plus conformes à la réalité.


Affaires du 348e RI (31 janvier) :
Emilien P., pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme aux articles 213 et 238.
Benoît R., pour abandon de poste en présence de l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 213.


Affaire du 348e RI (14 février) :
Paul Arsène Joseph D., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.


Affaires du 348e RI (19 mai) :
Henri A., pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme aux articles 213 et 238.
Maurice M., pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme aux articles 213 et 238.


Affaire du 67e RI (14 juillet) :
Georges Charles F., pour désertion à l’ennemi ; peine de mort, conforme à l’article 238.

- Au gré des situations, il s’avère que la comparution d’un éventuel déserteur à l’ennemi en conseil de guerre peut avoir l’une ou l’autre de ces deux « vertus », voire les deux réunies : une fonction de sanction, une fonction d’éclaircissement. La « comparution-sanction » apparaît dans le cas des affaires du 229e RI (19-20 février 1916), du 11e BCA (23 février 1916), des 213e et 229e RI (29 février – 1er mars 1916), du 50e RIT (8 avril 1916), du 348e RI (31 janvier 1917), alors que la « comparution-éclaircissement » semble être nécessaire à l’explication de l’énigmatique reddition du sous-lieutenant L., du 2e RI (22 septembre 1918).

A la lumière de ces éléments, bien incomplets mais qui n’ouvrent pas moins des pistes de réflexion sur ce sujet, des traits communs apparaissent, des interrogations demeurent, mais surtout, un insidieux doute persiste : ces hommes, à l’instar de tant d’autres, ont-ils été capturés ou ont-ils déserté ? Comme l’écrivait Gabriel Chevallier, non sans une cinglante ironie, ils n’étaient plus là pour se justifier, au contraire de ceux qui avaient, peut-être, « abandonné leur poste en présence de l’ennemi », que leurs justifications n’ont pas pour autant toujours sauvés…
Si les affaires décrites semblent avoir été jugées sans empressement inadéquat, fondées sur des enquêtes menées avec célérité, soumises à des avis hiérarchiques circonstanciés, les opinions fréquemment exprimées par les frères d’armes ou camarades d’unité des suspects ne manquent pas d’entretenir le trouble, les hommes incriminés étant dans de nombreux cas décrits comme de « bons soldats ». Que s’est-il passé dans la fraction de seconde qui les a transformés de combattants en captifs ? Eux seuls le savent. Et pour la faute de certains, de combien d’autres l’honneur a-t-il injustement été entaché par l’opprobre, la calomnie, ou ce simple, insidieux doute ?


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Bibliographie et sources
CHEVALLIER (Gabriel), La Peur, Paris, Stock, 1930, 319 pages.
COUDRAY (Honoré), Mémoires d’un troupier, Bordeaux, A. Coudray Editeur, 1986, 219 pages.
Cotes SHD
19 N 1289 (VIIe Armée, 3e Bureau, janvier – février 1916)
19 N 1290 (VIIe Armée, 3e Bureau, mars – avril 1916)
19 N 1291 (VIIe Armée, 3e Bureau, mai – juin 1916)
19 N 1292 (VIIe Armée, 3e Bureau, juillet – août 1916)
19 N 1295 (VIIe Armée, 3e Bureau, mars – mai 1917)
19 N 1297 (VIIe Armée, 3e Bureau, août – décembre 1917)
19 N 1298 (VIIe Armée, 3e Bureau, janvier – mars 1918)
19 N 1299 (VIIe Armée, 3e Bureau, avril – mai 1918)
19 N 1300 (VIIe Armée, 3e Bureau, juillet novembre 1918)
19 N 1324 (VIIe Armée, coups de main, 1916-1918)

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